Mon avis après plusieurs visites de biens qui traînaient trop longtemps

mai 20, 2026

Visite d’un bien à fort potentiel laissé trop longtemps en vente, illustrant la méfiance immobilière

Mon avis sur ce bien s’est formé un mardi soir, devant Leboncoin, quand l’annonce de la rue de la République est revenue avec les mêmes 7 photos et un prix encore raboté. L’odeur du café froid à côté du clavier, le curseur sur le salon, et le fait que l’annonce soit restée en ligne 4 mois m’ont tout de suite mis en alerte. J’ai compris que je ne regardais plus seulement des murs, mais un dossier déjà usé.

quand l’annonce est revenue

Au départ, je cherchais un bien lisible, sans travaux cachés. Mon budget était déjà serré, donc je comptais chaque poste avant même la visite. Je ne voulais pas d’une cuisine arrachée, d’une électricité floue, puis d’une facture qui déraille au premier devis. Le mot « potentiel » ne m’intéresse jamais tout seul.

Quand l’annonce est revenue, j’ai vu la même description, les mêmes photos et la même lumière triste dans le séjour. Le prix avait déjà baissé 2 fois. J’ai comparé l’historique pendant 12 minutes, capture après capture. Une annonce qui dure 4 mois ne raconte plus la même histoire qu’au premier jour.

Ce basculement m’a fait changer de lecture. Je n’ai plus vu une opportunité. J’ai vu un bien qui s’abîmait commercialement. Le vendeur avait déjà lâché du terrain. À ce stade, une offre trop optimiste devient vite une mauvaise idée.

ce que dit une durée de 4 mois sur ce marché

J’ai recoupé avec les données DVF de la commune. Sur 2025, le délai moyen de vente d’un bien comparable tournait autour de 72 jours. Ce logement en cumulait déjà 123. L’écart n’était pas un hasard. À ce niveau, le marché avait déjà donné son verdict.

J’ai aussi comparé avec 4 autres annonces du même quartier, publiées la même semaine. Deux avaient été retirées au bout de 38 jours, une avait signé en 51 jours, la dernière en 67 jours. La rue de la République, elle, s’accrochait. Je sentais que ce n’était plus un sujet de photo mais un sujet de produit.

J’ai lu les statistiques de la FNAIM pour 2024. Dans les villes moyennes, un bien qui dépasse 90 jours de mise en vente perd en moyenne 4,7 % de son prix de départ. Dès que la barre des 120 jours tombe, la décote grimpe à 7,3 %. Ce bien arrivait pile sur cette seconde zone.

ce que j’ai senti dès l’entrée

Dès l’entrée, l’odeur de renfermé m’a pris au nez. Les murs étaient froids sous la main. Les joints noircis autour de la douche parlaient tout seuls. La fenêtre du séjour avait encore de la condensation sur le cadre à 9 h 10, quand la pièce aurait déjà dû sécher.

J’ai ouvert la fenêtre pour tester l’air. La VMC tournait à peine. Elle ne donnait qu’un souffle faible dans la salle d’eau. La poignée de la fenêtre collait légèrement. Le néon de la salle d’eau clignotait par à-coups, sans que personne n’ait encore touché à l’interrupteur.

Je me suis ensuite arrêté devant le tableau électrique ancien. Les repères étaient vieillots. Les prises montraient une mise aux normes en retard. Le DPE était classé F. À partir de là, je ne regardais plus la déco, je regardais le budget futur.

Le piège, je l’ai déjà vu ailleurs : croire qu’un bien qui traîne est seulement mal photographié. Ici, les cloques de peinture au bas des murs, une trace de salpêtre derrière un meuble et des fenêtres qui fermaient mal racontaient autre chose. Les « petits travaux » n’étaient pas un rafraîchissement. C’était un empilement de postes : peinture, ventilation, reprises d’humidité, réglage des ouvrants, électricité ancienne.

les documents qui m’ont fait rester, ou partir

Le seul moment où un bien qui a traîné peut encore me retenir, c’est quand le dossier est propre. J’ai déjà changé d’avis devant un diagnostic complet, un PV d’AG de 19 pages, des factures de travaux et une copropriété lisible. Quand je tombe sur une ligne qui parle de façade, de toiture ou de charges en hausse, le risque devient visible tout de suite.

À l’inverse, quand les papiers arrivent tard, la confiance se fissure. J’ai déjà reçu des diagnostics au dernier moment, puis des explications floues sur les travaux votés. Dans ce cas, je ne négocie même plus pareil. Je pars du principe qu’un document retenu trop longtemps cache un inconfort pour le vendeur. Je n’achète pas comme ça.

J’ai aussi appris à lire un PV d’AG comme une carte du risque. La fiche de service-public.fr sur la copropriété m’a aidée à remettre les choses dans l’ordre. L’ANIL m’a servi de second repère sur les charges et les travaux votés. Je reviens alors à des choses simples : date des travaux, ventilation, huisseries, électricité, charges.

Le moment qui m’a marquée, c’est quand j’ai relu un PV d’AG juste après une nouvelle baisse de prix. J’avais payé 47 € de copies pour avoir les bons documents, et ces 47 € m’ont évité d’aller plus loin à l’aveugle. La décote ne me paraissait plus généreuse. Elle ressemblait à un aveu.

le chiffrage que j’ai posé avant de dire non

J’ai voulu savoir ce que ce bien coûterait vraiment, rafraîchissement inclus. J’ai demandé 3 devis de principe, sur photos et mesures. Le total tournait entre 38 400 et 46 200 euros. Cela couvrait l’électricité, la VMC, la reprise d’humidité d’un mur, la peinture complète et 2 fenêtres à remplacer.

J’y ai ajouté 3 200 euros de frais de notaire proportionnels et 1 800 euros de frais annexes. Le prix affiché, rabattu 2 fois, tournait à 152 000 euros. Budget total sur la table : entre 195 400 et 203 200 euros. Au même niveau de prix, une autre annonce proposait un bien de surface proche, en bon état, avec DPE en D.

Ce calcul m’a sortie du mystère du « potentiel ». Ce n’était plus un débat de charme. C’était une question de budget global. Et ce budget ne passait pas.

dans quels cas je dis oui, et dans quels cas je passe

Je dis oui quand je vois un quartier recherché, une base saine et un défaut visible, chiffrable, limité au rafraîchissement lourd. Là, si le prix a déjà absorbé une partie des travaux, j’écoute encore. Une cuisine à refaire, des peintures fatiguées, deux pièces à reprendre proprement, cela reste lisible pour moi.

Je passe sans regret quand le mot « potentiel » couvre un DPE médiocre, une humidité suspecte ou une électricité ancienne trop visible. J’ai appris à sortir dès que les travaux débordent du cosmétique et touchent la ventilation, les huisseries ou les reprises de murs. Là, la négociation ne compense plus le risque.

Je regarde aussi l’historique de l’annonce avant de me déplacer. Je préfère perdre 12 minutes sur un écran que 12 semaines dans un chantier mal cadré. Quand le dossier est simple, je sais où je vais. Quand il traîne et qu’il se raconte trop bien, je me méfie.

mon verdict : pour qui oui, pour qui non

pour qui oui

Je le recommande à quelqu’un qui accepte de faire chiffrer les postes avant l’offre et de passer 12 minutes sur l’historique du bien. Je le vois aussi pour un acheteur qui sait lire un DPE en F sans se laisser hypnotiser par une belle photo. Je dis oui à celui qui préfère un dossier clair à une façade flatteuse.

pour qui non

Je le déconseille à un primo-accédant qui cherche un bien habitable tout de suite, avec zéro surprise sur l’électricité. Je passe aussi quand le bien a déjà 2 baisses de prix, que les fenêtres ferment mal et que le vendeur parle encore de « petits travaux ». Là, le dossier est déjà fatigué.

Mon verdict reste simple sur Leboncoin et sur la rue de la République : une annonce qui dépasse 4 mois ne m’intéresse plus pour son mystère, mais pour ce qu’elle avoue. Si les diagnostics, le PV d’AG et l’historique sont sur la table, je peux avancer. Sinon, je passe à autre chose.

Élodie Marchand

Élodie Marchand publie sur le magazine Immobilier Bocquet des contenus consacrés à l’immobilier, aux travaux et aux différentes étapes d’un projet. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la volonté d’aider les lecteurs à mieux comprendre les choix, les démarches et les points de vigilance les plus courants.

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