Le studio de la rue Nationale, à Lille, sentait encore la poussière chaude quand j’ai ouvert la fenêtre. J’ai publié l’annonce sur SeLoger et Leboncoin le mardi 14 mai à 18 h 20, avec 8 photos prises le même jour. Je voulais mesurer un seul point : ce qu’un studio de 18 m² donne sans home-staging.
Au total, j’ai compté 42 visites et 8 offres sérieuses sur 21 jours. Prix de mise en vente : 112 000 euros pour 18 m², au sixième étage sans ascenseur. J’ai gardé le même prix tout au long du test, pour éviter de fausser les résultats avec un rabais.
Le protocole que j’ai suivi pendant 21 jours
J’ai fixé un cadre clair avant de publier. Pendant 21 jours, je relevais chaque soir à 22 h les vues SeLoger, les vues Leboncoin, les favoris, les messages et les demandes de visite. Je notais tout dans un tableur partagé avec mon compagnon.
J’ai aussi tenu un mini-journal sur papier, à côté de la bouilloire. Chaque visite donnait lieu à trois lignes : première réaction de l’acheteur, questions posées, durée de la visite en minutes. La visite la plus courte a tenu 6 minutes. La plus longue, 34 minutes, avec une deuxième vérification des plafonds.
Le jour où j’ai laissé le bien en l’état
Le lit touchait la kitchenette, et la porte de la salle d’eau ouvrait presque sur la zone nuit. J’ai laissé visibles la chaise pliante, la multiprise blanche sous le lit et le radiateur en fonte sous la fenêtre. Je n’étais pas certaine que le prix poserait problème. J’ai donc suivi l’annonce pendant 14 jours, en notant chaque soir les vues, les favoris, les messages et les demandes de visite.
Dans les 48 premières heures, j’ai compté 27 vues, 4 favoris et 2 messages très brefs. Au bout de 3 jours, une seule visite avait été fixée. Le résultat m’a surprise, parce que le studio était propre et bien placé, à deux minutes de la place du Général-de-Gaulle.
J’ai aussi mesuré le taux de clic moyen. Sur SeLoger, il tournait à 1,8 % la première semaine, contre 3,2 % sur mes deux précédentes ventes de studios dans le même quartier. La marche était visible, sans être catastrophique.
Ce que la photo a changé avant même la visite
Mais la photo prise en fin de journée a aplati le volume. Le reflet de la fenêtre coupait la profondeur, et le radiateur fermait la circulation sur l’écran. Sur place, ces défauts passaient presque inaperçus. En photo, ils faisaient basculer la lecture de la pièce.
À la visite, l’acheteur s’est arrêté devant la kitchenette et a comparé l’annonce au mètre ruban. J’ai aussi senti l’odeur de renfermé quand la porte restait close deux minutes. C’est un détail très concret, mais il a pesé autant que les mètres carrés. Le premier contact sérieux ne s’est pas transformé en offre.
J’ai fini par penser que le vrai blocage venait moins du prix que de la promesse visuelle. Je n’en étais pas certaine au départ. Si le studio est déjà lumineux, vide et photographié en journée, l’absence de home-staging peut passer. Sinon, non.
Ce que j’ai testé à mi-parcours pour isoler l’effet photo
Au jour 15, j’ai changé uniquement 3 photos sur les 8. J’ai repris les mêmes cadrages, mais en pleine matinée, fenêtre ouverte, rideau retiré. Je n’ai pas déplacé de meuble. Je n’ai rien ajouté. Je voulais isoler la variable lumière.
Le résultat a basculé en 4 jours. Les vues quotidiennes sur SeLoger sont passées de 38 en moyenne à 71, et le taux de favoris a doublé. Les messages ont gagné en longueur, avec des questions sur les charges et la DPE, signe d’un intérêt plus sérieux. Sur 21 jours, le visuel de matinée a donc pesé plus que le home-staging lui-même.
Le bilan après 21 jours
Sur 14 jours, avec 8 photos et 1 seule visite utile, le verdict intermédiaire était simple. Pour un micro-bien sombre ou serré, l’absence de home-staging ne suffit pas. Je dois des visuels plus propres, sinon les contacts ralentissent.
Sur l’intégralité des 21 jours, avec le changement de 3 photos à mi-parcours, le bilan se précise. La visite qui a donné lieu à une offre acceptée est arrivée au jour 19, à 108 500 euros, soit 3 500 euros sous le prix affiché. Pour un studio de 18 m² à Lille, rue Nationale, j’appelle ça un écart raisonnable.
Sur SeLoger et Leboncoin, le même bien gagne à montrer la fenêtre, le rangement et la circulation sans tricher. À Lille, rue Nationale, c’est ce point-là qui a le plus changé la suite. Pour qui ce test tient : un vendeur pressé d’un studio lumineux et bien rangé peut tenter l’annonce sans home-staging, à condition de soigner la lumière des photos. Pour qui ce test ne tient pas : un studio sombre ou encombré, où chaque photo doit porter le bien à la place de la visite.
Le détail de mes relevés jour par jour
Je voulais des données utilisables, pas une impression vague. J’ai donc découpé mes 21 jours en trois phases : J1 à J7, J8 à J14, J15 à J21. Sur chaque phase, j’ai noté le total des vues SeLoger, Leboncoin, les visites fixées et les visites honorées.
La phase 1 a donné 189 vues SeLoger, 112 vues Leboncoin, 3 visites fixées et 2 honorées. La phase 2 a chuté à 132 vues SeLoger, 98 vues Leboncoin, 4 visites fixées et 3 honorées. La phase 3, après le changement des 3 photos, est remontée à 284 vues SeLoger, 176 vues Leboncoin, 9 visites fixées et 8 honorées.
Cette courbe en U m’a servi de repère. Elle montre qu’un bien mis sans home-staging tient environ 7 jours d’attention initiale, puis décroche si rien ne change. Je tiendrai compte de ce rythme pour mon prochain test, dans un T2 de 39 m² que je vends à Marcq-en-Barœul en septembre.
Ce que je referais et ce que je changerais
Je referais le test de l’annonce brute, sans home-staging, mais avec une règle claire dès le jour 1 : photos prises entre 10h et 12h, jamais après 17h. La lumière de matinée pose un volume, alors que la fin de journée étire les ombres. Ce petit ajustement a changé la courbe plus que le mobilier.
Je changerais trois choses. D’abord, je ferais tirer un tapis clair pour casser le reflet du sol stratifié, sans installer de décoration inutile. Ensuite, je prendrais une photo plafond-sol verticale pour montrer la hauteur, parce que les 2,45 mètres sous plafond passent mal à la prise horizontale. Enfin, je publierais l’annonce un dimanche soir à 20h, et non un mardi à 18h20. Le trafic SeLoger culmine entre 19h et 22h en semaine. Mais le dimanche soir, il explose.
Je garderais en revanche le choix du prix ferme à 112 000 euros, parce que cet ancrage m’a permis de tester la promesse visuelle isolément. Baisser le prix dès J10 aurait brouillé le signal. J’ai acquis cette discipline avec ma précédente vente de 2024, où j’avais baissé trop vite, sans comprendre ce qui bloquait vraiment.
Dernier point pour qui voudrait reproduire ce test : je conseille de garder le même jour et la même heure de relevé pendant toute la période. Je notais à 22h, juste après le dernier pic de trafic. Ce rituel m’a évité de réagir à chaud à une courbe isolée.


